Au-delà du ventre
Auparavant, on pensait que le rôle du microbiome intestinal se limitait à la digestion, mais les recherches continuent de révéler que son influence s’étend bien au-delà, notamment à l’immunité, au fonctionnement du cerveau, à la santé de la peau, aux hormones et bien plus encore (voir figure).

Le microbiome intestinal joue un rôle crucial dans la santé féminine via l’axe intestin-hormones, une relation bidirectionnelle complexe. Au cœur de cette interaction se trouve l’estrobolome, un ensemble de microbes intestinaux capables de métaboliser les œstrogènes. Ces bactéries produisent l’enzyme β-glucuronidase qui permet la réabsorption des œstrogènes dans la circulation sanguine plutôt que leur excrétion. Ce processus de recyclage, dépendant de la composition du microbiote (notamment les phyla Bacteroides et Firmicutes), module les niveaux d’œstrogènes circulants.
Une dysbiose intestinale peut entraîner des niveaux d’œstrogènes excessifs ou déficients, augmentant le risque d’endométriose, de fibromes et de symptômes ménopausiques.
Applications cliniques
Cycle menstruel : Les fluctuations hormonales affectent la motilité gastrique et la perméabilité intestinale. La dysbiose peut amplifier les symptômes prémenstruels et la sensibilité à la douleur.
Fertilité : Plusieurs études suggèrent qu’un déséquilibre du microbiote intestinal chez les femmes et les hommes pourrait être associé à des problèmes de fertilité. Chez les femmes, une dysbiose intestinale pourrait favoriser une dysbiose vaginale et utérine, altérant la réceptivité de l’endomètre lors de l’implantation. Par ailleurs, le microbiote intestinal est impliqué dans des pathologies comme le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et l’endométriose, deux facteurs de risque de l’infertilité.
Dépression post-partum : Des différences significatives dans le microbiote et les métabolites bactériens (acides gras à chaîne courte) sont observées chez 10-15% des femmes développant une dépression post-partum.
Ménopause : La diversité du microbiote diminue avec l’âge. Les femmes ménopausées présentent une diversité réduite, une baisse du ratio Firmicutes : Bacteroidetes et une diminution de la β-glucuronidase.
Les femmes étant plus exposées que les hommes au risque de développer des troubles cognitifs tels que la maladie d’Alzheimer et la démence, il est également nécessaire de comprendre le rôle spécifique au sexe de l’axe intestin-cerveau dans le maintien ou le déclin des fonctions cognitives.
Recommandations
Promouvoir la stabilité microbienne intestinale par l’alimentation (fibres, polyphénols, 30 aliments végétaux différents/semaine, aliments fermentés contenant des probiotiques), l’exercice, le sommeil et la gestion du stress pour soutenir l’axe intestin-hormones.
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