Longtemps cantonnées à la science-fiction, les lentilles intelligents et connectées pourraient devenir une réalité médicale d’ici quelques années. La start-up belge Azalea Vision veut en faire un outil de soin. Voir mieux, mais aussi surveiller sa santé grâce à ses larmes. C’est l’ambition d’Azalea Vision, spin-off belge née en 2021 autour d’une technologie de nanoélectronique développée avec imec et l’Université de Gand. « L’objectif de départ était simple : est-ce qu’on peut mettre de l’électronique dans une lentille de contact? », résume Enrique Vega, CEO de l’entreprise.
La prouesse tient à la taille des composants. « On parle d’éléments de 30 microns, environ un tiers d’un cheveu humain, tellement fins qu’ils peuvent être thermoformés et intégrés dans une lentille », explique-t-il. Après plusieurs années de développement, Azalea Vision prépare désormais ses études cliniques, avec une arrivée visée sur le marché en 2029.
Pour transformer cette idée en produit médical, l’entreprise a multiplié les levées de fonds et les collaborations scientifiques. Depuis sa création, elle a réuni plusieurs millions d’euros auprès d’investisseurs privés, mais aussi grâce à différents programmes de soutien à l’innovation. « L’entreprise a été sélectionnée par l’EIC Accelerator du Conseil européen de l’innovation pour bénéficier d’un financement mixte, combinant subvention et investissement en capital, une reconnaissance forte de son potentiel d’innovation et de sa pertinence stratégique au niveau européen », souligne Enrique Vega.
L’objectif de départ était simple : est-ce qu’on peut mettre de l’électronique dans une lentille de contact ?
Une réponse à des maladies de la cornée
La première application vise les patients atteints de déformations sévères de la cornée, comme le kératocône. Aujourd’hui, ces patients portent souvent des lentilles sclérales, mais celles-ci ne corrigent pas toujours suffisamment la vision. « Dans nombreux cas sévère, les solutions actuelles ne permettent pas d’obtenir une vision satisfaisante. Les patients restent limités dans leur autonomie, notamment pour lire, travailler, ou se déplacer la nuit », souligne Enrique Vega.
La lentille d’Azalea intègre un diaphragme intelligent capable de filtrer la lumière mal focalisée. « Nous pouvons ajuster dynamiquement le diaphragme afin de laisser passer uniquement la lumière correctement focalisée. Cela réduit fortement les aberrations lumineuses », poursuit-il.
Concrètement, le dispositif adapte le passage de la lumière afin de réduire les distorsions visuelles provoquées par les irrégularités de la cornée. L’objectif est de permettre aux patients de retrouver une vision plus nette et une meilleure qualité de vie. « Aujourd’hui, certains patients ne parviennent plus à conduire la nuit ou à traverser la rue de manière totalement autonome. Nous voulons leur rendre cette autonomie », explique encore le CEO.
Nous sommes capables de mesurer différents éléments présents dans le liquide lacrymal. Cela ouvre la voie à des contrôles réguliers réalisés à domicile plutôt qu’à l’hôpital.
Les larmes comme prise de sang
Mais Azalea Vision veut aller plus loin. Grâce à des micro-capteurs, ses lentilles pourraient aussi analyser certains composants du liquide lacrymal. « Les larmes contiennent certains biomarqueurs que l’on retrouve aussi dans le sang, ou qui peuvent refléter l’état physiologique du patient », détaille le CEO.
L’intérêt serait majeur pour des patients atteints de maladies chroniques, comme l’insuffisance cardiaque ou rénale. Aujourd’hui, ces patients doivent parfois aller à l’hôpital chaque semaine pour une prise de sang. Demain, ces données pourraient contribuer à un suivi à domicile, à une médecine plus préventive et à une meilleure personnalisation du traitement par les médecins.
Pour Enrique Vega, cette évolution pourrait changer la manière dont certaines maladies sont surveillées. « Nous sommes capables de mesurer différents éléments présents dans le liquide lacrymal. Cela ouvre la voie à des contrôles réguliers réalisés à domicile plutôt qu’à l’hôpital. » Les informations recueillies pourraient ensuite être transmises à des plateformes numériques et analysées avec l’aide de l’intelligence artificielle afin d’alerter les soignants en cas d’évolution préoccupante.