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La phénylcétonurie : une maladie rare à prendre très tôt en charge

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La phénylcétonurie (PCU) est une maladie rare d’origine génétique. Elle entraîne des déficits mentaux à des degrés divers. Comme le souligne le Professeur François-Guillaume Debray, Directeur du Centre des maladies métaboliques héréditaires au CHU de Liège, un dépistage néonatal permet cependant un traitement précoce.

Texte :  Philippe Van Lil

Prof. François-Guillaume Debray

Directeur

Centre des maladies métaboliques héréditaires, CHU de Liège

À quoi est due la PCU ?

François-Guillaume Debray : « C’est une maladie métabolique, c’est-à-dire une erreur de la biochimie de l’organisme, qui touche 1 nouveau-né sur 10.000 environ, soit 12 à 15 nouveau-nés par an en Belgique. D’origine génétique, le déficit entraîne la déficience d’une enzyme nécessaire à la dégradation de la phénylalanine, l’un des 20 acides aminés des protéines. Il provoque dès lors une accumulation de cet acide aminé dans le sang et des effets toxiques au niveau cérébral. »

À quel point ?

F.-G. D. : « Il s’agit d’un déficit mental irréversible qui peut être de léger à sévère. Suivant que l’enzyme fonctionne partiellement ou non, les taux de phénylalanine dans le sang – et donc dans le cerveau – sont plus ou moins élevés. Lorsqu’ils sont très élevés, cela provoque un retard mental profond. »

Peut-on éviter d’en arriver là ?

F.-G. D. : « Oui. Un dépistage néonatal systématique permet un traitement précoce et un pronostic cognitif normal. Le contraste entre une prise en charge correcte et l’absence de celle-ci est énorme. Dans ce dernier cas, le patient est souvent institutionnalisé, tandis que la personne dépistée et traitée précocement peut avoir une vie tout à fait normale au niveau intellectuel. Il faut donc commencer le traitement le plus vite possible après la naissance. »

Un dépistage néonatal systématique permet un traitement précoce et un pronostic cognitif normal.

Comment la maladie est-elle prise en charge ?

F.-G. D. : « Vu le caractère extrêmement lourd de cette maladie chronique, la prise en charge se fait, en Belgique, dans des centres spécialisés conventionnés et reconnus par l’INAMI. L’approche y est multidisciplinaire avec l’intervention de diététiciens, psychologues, assistants sociaux et, bien sûr, des médecins métaboliciens spécialisés dans cette maladie. L’objectif est d’avoir une approche globale, non seulement sur le plan médical, mais aussi en favorisant l’intégration, l’autonomie et l’éducation thérapeutique du patient. Cette dernière est essentielle pour que les parents – et ensuite le patient lui-même – soient capables de gérer le traitement. »

En quoi consiste le traitement ?

F.-G. D. : « Il consiste en la prise de certains médicaments mais surtout en un régime diététique extrêmement strict, appauvri en protéines vu que celles-ci contiennent de la phénylalanine. Pour que ce régime ne soit pas complètement déséquilibré, on compense les protéines par des mixtures d’acides aminés ne contenant pas de phénylalanine. Ce régime est souvent difficile à respecter pour le patient, d’autant plus qu’il doit être poursuivi à vie. Toutefois, si ce régime est très strict durant l’enfance, on peut tolérer des taux de phénylalanine un peu plus élevés à partir de l’adolescence ou de l’âge adulte. »

Quel est le bénéfice des médicaments ?

F.-G. D. : « Depuis une dizaine d’années, on bénéficie d’un premier traitement pharmacologique qui permet de stimuler l’activité enzymatique résiduelle. Si l’enzyme fonctionne mieux, les taux de phénylalanine dans le sang sont moins élevés et le régime peut être moins strict. Malheureusement, seulement 10 à 15 % des patients répondent à ce traitement. C’était une première avancée. » 

Peut-on espérer de nouveaux traitements ?

F.-G. D. : « Un nouveau traitement a été autorisé par la FDA aux États-Unis en 2018 et par l’European Medicines Agency en 2019. Il n’est cependant pas encore disponible en Belgique. Il consiste en l’administration sous-cutanée quotidienne d’une enzyme bactérienne qui dégrade la phénylalanine. Mais ce traitement est lourd d’effets secondaires pour nombre de patients. Néanmoins, bien d’autres recherches en cours produisent de nouveaux traitements qui donnent des résultats encourageants. »

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