Sites web, vidéos, documents, réseaux sociaux… Pour Serge Denis, de l’ASBL Passe-Muraille, l’inclusion doit aussi se penser derrière les écrans.

Serge Denis
Chargé de projets accessibilité numérique de l’ASBL Passe-Muraille
Depuis 1998, Passe-Muraille travaille à l’inclusion des personnes en situation de handicap à travers le « Global Access » : accessibilité technique, comportementale et relative à l’information et la communication. « C’est très bien d’avoir fait tout ce qu’il faut pour qu’une institution soit accessible, mais après il faut le faire savoir. Il faut que les outils qu’on utilise soient utilisables par toutes les personnes, peu importe leurs besoins spécifiques », résume Serge Denis.
Pas seulement le handicap
Réduire cette question aux seules personnes reconnues en situation de handicap est une erreur. « Les chiffres, c’est 13% reconnus en Belgique. Mais si on y ajoute la fracture numérique, les handicaps temporaires, le vieillissement, on passe facilement à 25 ou 30% de la population. Et tout ce qu’on met en place pour ces personnes est bénéfique à 100% de la population.»
Même les sous-titres dépassent le handicap. « Ils sont indispensables pour les personnes sourdes. Mais si je suis dans le métro sans écouteurs, dans une bibliothèque ou au bureau, le sous-titrage devient utile pour moi aussi. »
Mais si on y ajoute la fracture numérique, les handicaps temporaires, le vieillissement, on passe facilement à 25 ou 30% de la population.
« Le constat est alarmant »
Et, ces dernières années, le cadre légal s’est renforcé: depuis 2020 pour les sites publics, et depuis juin 2025 pour les entreprises qui vendent un service ou un produit en ligne. Pourtant, Serge Denis s’inquiète. « Avec l’IA, on génère des sites très vite, mais le code produit est souvent non conforme, même au regard du HTML de base. »
Les audits automatiques ne règlent pas tout. « Ils peuvent vérifier 20% des critères. Une expertise humaine avec prise en compte du contexte et des besoins reste nécessaire. »
Penser dès le départ
Boutons mal codés, images sans alternative, vidéos sans sous-titres, navigation impossible au clavier: les erreurs restent fréquentes. « Un bouton peut ressembler à un bouton, mais pour une personne aveugle utilisant un lecteur d’écran, il peut juste être annoncé comme “bouton”, sans qu’on sache à quoi il sert. »
Son conseil: anticiper. « L’accessibilité numérique doit être prise au départ. Cela coûtera toujours moins cher que de réparer après. »