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Sommeil : pourquoi mieux dormir est devenu un véritable enjeu de santé publique

Près d’un Belge sur deux souffrirait de troubles du sommeil. Pourtant, les solutions ne se résument pas aux somnifères.

Prof. Dr. Steven Laureys

Neurologue et Auteur du livre « Le sommeil, c’est bon pour le cerveau »

© DebbyTermonia

Pendant que nous dormons, notre cerveau ne se repose pas vraiment. Bien au contraire. Auteur du livre Le sommeil, c’est bon pour le cerveau, le neurologue Steven Laureys œuvre à mieux faire connaître auprès du grand public l’importance du sommeil pour la santé cérébrale et le bien-être.

« Nos travaux ont montré une association entre l’activité de l’hippocampe pendant le sommeil et les performances d’apprentissage observées le lendemain.», explique-t-il. Le sommeil joue également un rôle majeur dans la gestion des émotions. Selon le spécialiste, un mauvais sommeil peut rapidement entraîner un cercle vicieux. « Les personnes qui dorment mal sont souvent irritables, anxieuses et enclines à la rumination. Un sommeil de mauvaise qualité favorise la rumination, qui perturbe à son tour le sommeil. »

Des conséquences sur tout l’organisme

Les effets du sommeil dépassent largement le cerveau. « Quasiment toutes les cellules de notre corps en ressentent les effets, y compris le système immunitaire », souligne Steven Laureys.

Les recherches récentes montrent également qu’un sommeil insuffisant ou perturbé pourrait augmenter le risque de maladies cardiovasculaires, d’AVC ou encore de certaines formes de démence. Le neurologue évoque notamment le système glymphatique, chargé d’éliminer les déchets accumulés dans le cerveau durant la journée.

« De nombreuses études suggèrent qu’un sommeil chronique insuffisant ou fragmenté est associé à un risque accru de déclin cognitif et pourrait contribuer au développement de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer.», indique-t-il.

Une hygiène de vie souvent négligée

Pour le spécialiste, la première réponse aux troubles du sommeil ne se trouve pas dans l’armoire à pharmacie. Elle passe d’abord par de meilleures habitudes de vie.

« Le sommeil doit être régulier. Plusieurs études observationnelles suggèrent qu’une plus grande régularité des horaires de sommeil est associée à une meilleure santé physique et mentale. »

Steven Laureys regrette aussi que certaines approches non médicamenteuses restent sous-utilisées. « La thérapie cognitivo-comportementale sous la conduite d’un psychologue est à ce jour sous-utilisée dans le traitement de l’insomnie. Son efficacité est prouvée. » Il cite également la relaxation, la méditation, l’hypnose ou encore l’accompagnement par des coachs du sommeil.

L’utilisation prolongée des benzodiazépines expose à un risque bien documenté de dépendance et reste un enjeu majeur de santé publique.

Les somnifères, une solution à manier avec prudence

Le neurologue se montre particulièrement prudent vis-à-vis des benzodiazépines et des médicaments apparentés, souvent prescrits contre l’insomnie.

« L’utilisation prolongée des benzodiazépines expose à un risque bien documenté de dépendance et reste un enjeu majeur de santé publique. », affirme-t-il. Selon lui, ces traitements devraient être réservés aux situations de crise et utilisés à la dose la plus faible possible, pendant une durée limitée.

« Certains traitements hypnotiques peuvent altérer certaines fonctions cognitives résiduelles au réveil et augmenter le risque de chute chez les personnes âgées.  »

Lorsqu’un traitement est nécessaire, Steven Laureys privilégie certaines préparations à base de mélatonine, notamment chez les personnes âgées dont la production naturelle diminue avec l’âge. « Si le besoin d’un traitement médicamenteux se fait sentir, je privilégie une préparation à base de mélatonine à longue durée d’action, délivrée sur ordonnance. Aussi, les traitements médicamenteux, y compris la mélatonine, doivent s’intégrer dans une prise en charge globale incluant les mesures d’hygiène du sommeil et, lorsque cela est indiqué, les approches cognitivo-comportementales. »

Par ailleurs, l’utilisation de la mélatonine à libération prolongée a été récemment reprise dans les Recommandations Européennes autour des problèmes d’insomnie. « La responsabilisation du patient peut constituer un levier important et permettre d’améliorer la prévention des maladies et la santé publique. Enfin, Chez les personnes qui ronflent fortement, présentent des pauses respiratoires nocturnes ou une somnolence excessive durant la journée, un dépistage du syndrome d’apnées du sommeil doit être envisagé », conclut-il. 

Cet article a été réalisé en collaboration avec Aurobindo.

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