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L’immunothérapie à la rescousse du cancer colorectal

Le cancer du côlon est de loin le plus fréquent des cancers primitifs du tube digestif. Outre via la radiothérapie et la chimiothérapie, les patients peuvent être traités par l’immunothérapie. Le Docteur Eric Van Cutsem, Professeur à l’Hôpital Universitaire Gasthuisberg / KULeuven, nous en explique les bienfaits.

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Docteur Eric Van Cutsem

Professeur à l’Hôpital Universitaire Gasthuisberg / KULeuven

Quelle est la fréquence du cancer colorectal en Belgique ?

« C’est l’un des plus fréquents chez nous ; quelque 9 000 personnes sont diagnostiquées chaque année. Malgré le fait que presque la moitié des patients développent des métastases, deux tiers de ces cancers sont guérissables. »

« En termes de survie, la Belgique est en deuxième position à l’échelon européen, après l’Islande.

Quels sont les traitements disponibles ?

« En cas de métastases, on traite le patient par la combinaison d’une chimiothérapie classique et de médicaments ciblés. Ce traitement permet une régression des métastases mais rarement leur disparition complète et donc une guérison. »

« On peut toutefois prolonger de plusieurs années la survie du patient et maintenir une bonne qualité de vie si l’on procède à plusieurs traitements séquentiels de chimiothérapie et/ou de thérapies ciblées. »

L’immunothérapie permet des régressions spectaculaires, parfois la disparition complète des métastases.

« Par ailleurs, grâce aux inhibiteurs des points de contrôle immunitaires -, les « inhibiteurs checkpoints », l’immunothérapie a aussi un rôle à jouer chez des patients atteints de tumeurs spécifiques, à savoir des tumeurs microsatellites instables, qui présentent bon nombre de mutations de l’ADN. Elles sont présentes chez 5 % des patients ayant un cancer du côlon métastatique. »

« L’immunothérapie permet des régressions spectaculaires, parfois même la disparition complète des métastases.

Comment agissent ces « inhibiteurs checkpoints » ?

« Ils neutralisent des freins à la réaction immunitaire du corps et libèrent ainsi les défenses antitumorales. De la sorte, l’immunité propre du patient, ainsi renforcée, peut tuer les cellules tumorales présentes et augmenter les chances de survie du patient. »

« Inversement, lorsqu’une tumeur est présente avec des métastases, elle provoque une baisse de l’immunité propre du patient. »

Ces inhibiteurs sont-ils bien tolérés ?

« Ils le sont généralement mais des toxicités sévères de type auto-immunes peuvent survenir. Les médecins parviennent toutefois à bien gérer les effets secondaires sur la qualité de vie de patients. »

L’immunothérapie ne fonctionne pas uniquement dans le traitement du cancer du côlon.

« En tout état de cause, ces effets secondaires sont bien moindres que ceux de la chimiothérapie classique. On a par exemple affaire à des troubles de la fonction de la glande thyroïdienne, à une diminution de la sécrétion de cortisol, à des diarrhées, à des troubles cutanés ou pulmonaires. Bien qu’importants, ces effets secondaires sévères ne sont pas fréquents ni fatals. »

Où les traitements immunothérapiques sont-ils disponibles ?

« Ils sont sur le marché aux États-Unis et en Suisse mais pas encore en Belgique pour le cancer du côlon. Cependant, tous les patients qui en ont besoin peuvent y avoir accès via des protocoles d’études. »

« Je tiens à ajouter que l’immunothérapie ne fonctionne pas uniquement dans le traitement du cancer du côlon ; des données indiquent à présent que parmi les cancers digestifs, un sous-groupe des cancers de l’estomac, de l’œsophage et du foie peut en bénéficier. »

L’immunothérapie est-elle porteuse d’espoirs ?

« Oui. Actuellement, même si elle apporte parfois des réponses spectaculaires, elle n’agit que sur 20 à 25 % des patients atteints des cancers de l’estomac, de l’œsophage et du foie et sur  40 à 50 % des cancers du côlon métastatique microsatellites instables. »

« En outre, on ne parvient pas toujours à identifier les patients sur lesquels elle peut agir efficacement. À l’avenir, grâce aux recherches actuelles, on pourra mieux déceler la présence de certains marqueurs moléculaires, comme c’est déjà le cas aujourd’hui avec l’instabilité des microsatellites. »

« L’identification de ces marqueurs prédictifs permettra de mieux sélectionner les patients qui peuvent tirer un bénéfice de l’immunothérapie et, surtout, d’en augmenter le nombre. »

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