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Opthalmologie

Vivre sans lunettes après 50 ans : possible ?

Dr Jean Assaf

Spécialiste en chirurgie oculaire et réfractive

Myopie, hypermétropie, presbytie, cataracte, … Après 50 ans, le port des lunettes devient bien souvent nécessaire. Mais quelles sont les autres options ?

Texte : Maria-Laetitia Mattern

Pour commencer : qu’est-ce que la presbytie ?

Assaf : « On peut définir la presbytie comme étant la perte d’accommodation liée à l’âge. L’accommodation, c’est le fait que le cristallin, qui est à l’intérieur de l’œil, permette la vision éloignée et rapprochée, et ce, en se modulant en fonction de la distance d’observation. »

« Après 45 ans en moyenne, le muscle ciliaire faiblit et cette accommodation ne se fait plus correctement. Résultat : les presbytes voient trouble de près. »

Quels sont les traitements possibles ?

« Tout d’abord, les lunettes. Mais il y a aussi des lentilles progressives qui permettent de corriger à la fois la vue de loin et de près. Une autre solution est le laser, mais elle est limitée dans le temps : elle aide les presbytes de 40-45 ans jusqu’à maximum 55 ans. Les implants multifocaux sont une autre solution. »

Peut-on être myope et presbyte à la fois ?

«Disons que, dans une certaine mesure, la myopie compense la presbytie. Contrairement au presbyte, le myope voit flou de loin, mais net de près. Si une personne est myope à -1, par exemple, sa presbytie à un niveau +1 pourrait être compensée. Mais si elle dépasse ce degré, la personne verra flou de près. »

L’implant multifocal permet de travailler sur plusieurs foyers de vision à la fois : vision de loin, intermédiaire et de près.

« En fait, plus une personne est myope, plus longtemps elle pourra lire de près, car sa myopie continuera à compenser la presbytie qui progresse avec l’âge. Attention toutefois : on pense souvent à tort qu’avec la presbytie, la myopie se normalise : mais c’est faux ! La myopie dispense de lunettes de près, mais la vue de loin reste trouble à vie… »

Comment traite-t-on la presbytie au laser ?

« Il existe trois types d’interventions possibles au laser. La première, c’est la multifocalité cornéenne, c’est-à-dire remodeler la cornée afin de corriger la vue rapprochée. La deuxième technique est la bascule, ou monovision : elle consiste à amener l’œil dominé à -1.25 afin de compenser la presbytie par une faible myopie. Cela permettra à la personne de continuer à lire de près, mais toujours jusqu’à 55 ans maximum. »

« Ici, dans certains cas, on laisse l’œil dominant intact chez les sujets normaux et on le corrige pour les hypermétropes et les myopes afin de régler leur trouble de vue. Enfin, troisième méthode : changer la courbure antérieure du centre de la cornée sur les deux yeux pour améliorer la vision rapprochée. »

En quoi consistent les implants multifocaux également appelés lentilles intraoculaires multifocales ?

« Contrairement au laser, qui reste en externe, les implants sont intraoculaires et impliquent donc une chirurgie interne à l’œil. L’implant multifocal permet de travailler sur plusieurs foyers de vision à la fois. Soit il est bifocal (vision de loin et intermédiaire ou de loin et de près) soit trifocal (offrant une vision de loin, intermédiaire et de près). Le trifocal est donc le plus complet, puisqu’il traite plusieurs anomalies à la fois. » 

Ces implants multifocaux impliquent-ils d’office le retrait du cristallin ?

« Oui, et les recommandations internationales préconisent de ne pas retirer le cristallin avant 55 ans. En cas de cataracte toutefois, il peut être retiré plus tôt. Une fois qu’on a retiré le cristallin et qu’on a implanté la lentille trifocale, la vue est corrigée à vie : la presbytie disparaît, puisqu’on a retiré le cristallin pathologique. Ces personnes-là peuvent donc définitivement se passer de lunettes. »

Contrairement au laser, qui reste en externe, les implants sont intraoculaires et impliquent donc une chirurgie interne à l’œil.

« Attention toutefois : ces implants ne conviennent pas à tout le monde et il faut entrer dans le cadre d’indications précises pour en bénéficier. Enfin, ils peuvent présenter un risque de troubles visuels nocturnes, dont l’intensité varie d’une personne à l’autre. »

Existe-t-il d’autres types d’implants ?

« Oui, il existe un autre type d’implant : l’implant monofocal avec profondeur de champs. Il permet la vision de loin combinée à une amélioration de la vision intermédiaire mais pas rapprochée. Cet implant diminue significativement les troubles visuels nocturnes. Il représente donc une avancée, mais malheureusement, il ne permet pas de vivre sans lunettes. »

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